ART

Tout commence comme cela : « Mon ami Serge a acheté un tableau. C’est une toile d’environ un mètre soixante sur un mètre vingt, peinte en blanc. Le fond est blanc et si on cligne des yeux, on peut apercevoir de fins liserés blancs transversaux. Mon ami Serge est un ami depuis longtemps. C’est un garçon qui a bien réussi, il est médecin dermatologue et il aime l’art. Lundi, je suis allé voir le tableau que Serge avait acquis samedi mais qu’il convoitait depuis plusieurs mois. Un tableau blanc, avec des liserés blancs ».

Serge est un esthète amoureux d’art moderne et qui trouve Sénèque modernissime. Marc est le gardien des valeurs traditionnelles, celui à qui on ne la fait pas et qui ne se laisse pas embrouiller par la mode, enfin Yvan a échoué dans vie professionnelle et affective et semble n’avoir que ces deux amis de précieux.

Ce trio va s’entre déchirer autour de ce tableau blanc en invoquant tous les arguments qui tournent autour de l’Art moderne. Le rythme est très enlevé et l’on n’arrête pas de rire du début à la fin.

Créée à Bruxelles en août 1998
148 représentations


Genre : Comédie, Théâtre
Auteur : Yasmina Reza, (en accord avec VMA – Isabelle de la Patellière, Paris en associant avec Dominique Christophe / L’Agence, Paris)
Distribution : Bernard Cogniaux, Pierre Dherte, Alain Leempoel
Production : AAC Production – Alain Leempoel
Mise en scène : Adrian Brine
Scénographie : Philipe Doutrelepont
Lumières : Philippe Warrand
Photographe : Julien Pohl
Musique : La bande son est choisie sur l’album « Top Secret » de Marc Moulin
Durée : 80


Saisons

2009-2010


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Lu dans la presse

« Cette pièce est un chef – d’œuvre »
Zone 02 nov/déc. 2008

« … nos acteurs belges apportent une vision plus acide et moins amère, tout aussi drôle et déchirée que la création première du nom. Du grand art, à nouveau »
Le Soir 1998

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Bernard Cogniaux
Rôle de Yvan

« Pour ce qui est du rôle d’Yvan… A mon avis, il n’a encore trouvé sa place ni sentimentalement, ni professionnellement, ni socialement. Il a vieilli mais il n’a pas la maturité de son âge. Il est insupportable et adorable à la foi. On peut le plaindre ou dire qu’il n’a que ce qu’il mérite. Mais il est, au même titre que les deux autres, un des pieds indispensables au tabouret sur lequel repose cette amitié.
En amitié comme en amour, on doit faire des mises au point parce que les individus changent et la relation évolue. Yvan souhaite ne pas changer, il voudrait que rien ne change jamais et surtout pas leur amitié. Malheureusement pour lui le monde est en mouvement. Yvan c’est aussi le plus beau rôle de la pièce mais chuuut…
Il ne faut pas le dire aux autres…
« Art » c’est un cadeau pour les comédiens, c’est une pièce qui n’a pas pris une ride…
à l’inverse de nous… »

Etes-vous jamais retourné en vacances à un endroit que vous avez adoré ?
Reprendre « Art », c’est un peu ça. On se réjouit mais on craint aussi d’être déçu.
Pour « Art », je suis rassuré sur un point : le paysage est parfaitement préservé toujours magnifique.

Reprendre « Art » dix ans plus tard ?
Une idée géniale ! Une expérience rare pour un comédien : commencer des répétitions en ayant déjà 108 représentations derrière soi !
Parce que les choses sont claires : on va faire un nouveau spectacle ! »

Pierre Dherte
Rôle de Serge

« Serge, Marc et Yvan sont amis depuis longtemps. Serge est un garçon qui a bien réussi, il est dermatologue et il aime l’Art. Il vient d’acquérir un tableau qu’il convoitait depuis plusieurs mois. Un tableau blanc, avec des liserés blancs. Serge pense que ce tableau n’est pas blanc. Il y voit même du rouge. Pour lui, ce tableau est représentatif de la vie en général ou rien n’est jamais tout à fait blanc non plus. Il est persuadé qu’il existe toute une nuance dans le blanc et que la vérité – ou simplement la beauté –
se situe souvent en dehors des extrémités. Serge sait qu’il est primordial de rester
« un homme de son temps ». La limite, l’écart, le grincement ou simplement « le jeu » entre les trois personnages sera poussé à l’extrême et éclatera jusqu’à éclabousser l’œuvre immaculée par un soupçon d’encre noire. Indélébile ?

Dix ans plus tard, ce qui m’a donné envie de reprendre ce rôle ? Le texte est très bien écrit. « Art » est un petit bijou. Sans tomber dans le panneau des stéréotypes et des clichés masculins, Yasmina Reza permet enfin à des hommes de s’exprimer sur ce qui les relie : l’amour, l’amitié, la fidélité. Sur ce qui les sépare aussi : l’Art, la pensée, la perception d’autrui. Ces sujets sont abordés typiquement « au masculin », de manière complètement anti-machiste.
Le fait que notre première expérience avec Adrian, Alain et Bernard ait été un vrai bonheur contribue certainement au désir de vouloir tenter de le renouveler. Le fait également que j’ai l’impression que je pourrai aller plus « loin » aujourd’hui qu’il y a dix ans avec le personnage de Serge. Je perçois une certaine excitation à redire les mêmes mots tout en y ajoutant des « couches de sens » complémentaires – voire contraires – dues au temps qui a passé.

Ce qui a changé… Avec l’âge, on est sans doute plus « péniblement » comiques.
On se bat différemment, avec d’autres armes. On est plus épurés aussi. Un acteur est toujours en quête de vérité et souhaite s’en approcher au plus près sans se trahir.
Etre acteur, c’est être schizophrène : il y a une espèce de quête effrénée d’honnêteté dans le mensonge. Je suis persuadé que nos trois personnages seront plus vrais et plus profonds qu’il y a dix ans. »

Alain Leempoel
Rôle de Marc

« Marc est un adepte de l’établi, de l’ordre des choses, tout changement peut provoquer en lui un stress, voire une inquiétude sur sa personne. Il aime qu’on voie comme lui ou par lui. Il a une tendance à se croire ou se sentir supérieur, ce qui,
pour lui, représente un bon équilibre, et tout cas le rassure. C’est un adepte de l’humour cynique mais sur les autres uniquement, car il a très peu de recul sur
lui-même. Cependant, ses critiques ne sont certainement pas dénuées de fondements. Grâce à sa réaction épidermique à la vue du tableau blanc, « Art » naît.

Dix ans après… ce n’est pas nécessairement le rôle que je voulais reprendre mais l’aventure commune de « Art » m’intéresse. Pas pour la réitérer comme à l’époque mais pour inventer, autour de la pièce et de la production, une nouvelle manière de jouer.
Dix ans ont passés, on a davantage de recul et le goût du public a évolué.
Aujourd’hui, on ne présente plus une pièce à stars françaises, d’un auteur inconnu reprise par de jeunes belges, mais bien une pièce vedette, à succès mondial dont les gens ont un souvenir, plus ou moins précis.
On ne promotionne plus « Art » de la même façon. Les acteurs de 45 ans (et plus) que nous sommes devenus mettrons plus de poids dans la mise à mal de leur amitié. Tout prendra un sens, y compris l’Art contemporain qui a également évolué…
Et on va s’en amuser !

L’humour cruel de cette joute verbale sera certainement davantage mis en valeur, ne fut-ce qu’en raison des 100 représentations derrière nous… Et du fait que nous voulons faire mieux et que nous avons dix ans de plus… on le saura !! »